Les arbres câblés

Syndicat Mixte des Vallées du Clain Sud
siège social : 24 avenue de paris 86700 couhé - 05 49 37 81 34 - 06 81 59 74 25 centre technique de st maurice : mairie de st maurice la Clouère 58 rue Principale 05 49 18 25 48

fiche signalétique du syndicat



clain.sud@gmail.com

Historique du projet 

En 2007, l'ONEMA a suggéré au Syndicat de cablés des arbres lorsque c'était possible. Cette action menée en partenariat avec la fédération de pêchede la Vienne consiste à fixer en berge à l'aide de câble d'acier certains arbres tombés ou abbattus lors de l'entretien des cours d'eau. la fédération de pêche achete les câbles et les manchons (serre-câbles) pour un cout avoisinant les 500€/an. Après l'accord du propriétaire, nous ébranchons les parties émergées afin de limiter les embâcles. Ces arbres sont placés dans ou a proximité des fosses le long de la berge. Ils apportent à la faune piscicole une zone de caches, d'alimentation et pour certaines espèces un support pour la reproduction.

La première partie expose la partie technique, la seconde aborde quelques résultats.

Point d'ancrage, souche de la sauline coupée (Clain, oct. 08) Premier essai avec un peuplier (Clain, aout 2007) Arbre cablé sur la Dive le long de la berge (aulne, janv. 2009)
Petit affluent du Clain ; déc. 13 Petit affluent du Clain ; déc. 13 Petit affluent du Clain ; déc. 13

Cette action novatrice et peu couteuse permet pour la pêche d'améliorer l'habitat et pour le Syndicat de limiter les manipulations (moins de remanent à sortir et à bruler). Le Syndicat dispose en plus du matériel d'abbattage, l'expérience et la connaissance du terrain.

Il est prévu d'installer une cinquantaine d'arbres par an avec un suivis annuel afin d'évaluer si cette action répond aux attentes des financeurs et des objectifs du Syndicat.

Fiche et diaporama :
Fiche action (2012) et article de presse (2012)
Diaporama d'une visio-conférence, Office International de l'Eau (2013)

1-Techniques

1 - Objectifs et enjeux 4 - Coût
2 - Principe 5 - Difficultés rencontrées
3 - Techniques


1.1 - Objectifs et enjeux

L'opération est un compromis entre les objectifs du Syndicat, la Fédération de Pêche, l'ONEMA et les propriétaires. Le fait de laisser des arbres dans l'eau permet de constituer une à trois zones du cycle des espèces aquatiques (zone de refuge, zone d'alimentation, zone de reproduction). Respectivement, les branches forment des caches, le support bois est exploité par les petites espèces qui nourrissent la chaine alimentaire et les branches peuvent être un support de pontes pour les sandres et les perches.

Toutefois les parties émergées sont coupées et retirées afin de ne pas gêner la circulation de l'eau.

1.2 -Principe

Conserver des caches, amener les arbres le long de la berge en coupant ce qui dépasse de l'eau. Eviter les abords des ponts, moulins, ouvrages et les pentes importantes. Privilégier les zones calmes et profondes. Durée de vie >5 ans (à déterminer avec le suivis).

Remarques : "Le bois sa flotte" oui sauf que :
quelques bois exotiques ont une densité (= masse volumique) supérieure à 1 comme Le boco mais aussi les bois dit "vert" (juste coupé) qui ont des densités proches de 1 pour le chêne, châtaignier, hêtre,… Il y a aussi, dans le cas des arbres câblés, le poids de la partie émergée qui pèse sur la partie immergée. Il y a aussi quelques cas particuliers comme les concrétions calcaires qui se fixe sur le bois et l'alourdi ou encore les souches avec la terre, pierres,…
1.3 - Technique

La sélection de l'arbre : c'est le compromis entre
- l'arbre (espèce, possibilité de l'installer le long de la berge et surtout la densité des branches)
- l'accord du propriétaire
- le cours d'eau (profondeur, taille, pente, ouvrage à proximité,...)

Le choix du câble :
- diamètre du câble (nous utilisons du 6mm resistance environ 2T)
- nature du câble (inox, acier, acier + PVC, acier + gainage plastique,...)
- sertissage du câble (nous utilisons des manchons en aluminium diamètre 6mm avec une pince spéciale)

L'abbatage : étape importante, conseils
- abbatage dirigée le long de la berge plutôt que de le ramener après sa chute
- maitriser les techniques d'abbatage (surtout les tenons, coins, leviers,... toujours en tenues de sécurité)
- éviter les arbres trop mort, il risque de se casser à la chute

Après l'avoir postitionner le long de la berge, il faut le câbler en faisant un noeud coulant sur l'arbre et une boucle fixe sur le point d'ancrage (des U en fer à béton peuvent être nécessaire pour fixer le câble à la souche ou faire des oreilles à la tronçonneuse).

Le coût de l'opération

Le câble en acier coute environ 0.86€ le m en diamètre 6mm à 7 torons, quant au câble inox même diamètre coute 2.16€ au m (prix en 2008, dépend énormément des cours de l'acier). Il faut compter entre 2.5 et 8m de câble (moyenne entre 3 et 4 m) par arbre. Les manchons pour sertir les câbles coutent 0.2€/pièces et qu'il en faut 4 par arbres soit un cout approximatif par arbre de 5€. Le matériel nécessaire varie entre à la grosse artillerie (tracteur, tire-fort, câble 25m, treuil, tout en barque,...) et le petit matériel de bucheronnage (une tronçonneuse polyvalente, une corde,...). D'un point de vue humain, 2 personnes suffisent dans la plupart des cas.

Budget de la première année environ 500 €, la pince à manchon coute environ 200€ et le câble est acheter en rouleau de 100m. le temps passé pour un arbre est inférieur à 1 h, sauf si l'on oublie la barque, ou que l'arbre par en sucette, la c'est plus long.

Quelques photos d'un arbre câblé sur la Dive de Couhé en mars 2012 (d'autres photos d'arbres câblés en bas de page avec des erreurs à éviter)

          
1.4 - Difficultés rencontrées 

A ce jour, nous avons disposés une trentaine d'arbre, aucun n'est partie avec les crues, mais il faut suivre sur plusieurs années pour déterminer leur dégradation et la fiabilité de la pose.

Nous rencontrons deux difficultés d'ordre général, la première est le compromis entre l'arbre assez garni en branches et le cours d'eau (largeur, profondeur, courant, obstacles,...). La deuxième difficulté est de bien faire tombé l'arbre en limitant la casse des branches notamment d'autres arbres gênant la chute, sujet trop penché pour être ramener,...

En note, les propriétaires ne s'opposent pas à ce genre d'opération.

Quelques commentaires des agents sur la réalisation des arbres câblés :
N° arbre Commentaires Difficultés
2008_10 Les 2 branches de saules sont pleines de jeunes rejets de 1m à 1,5m sur toutes la longeur Saule en travers, bloqué dans une cépée d'aulnes sur l'autre berge, passer les 2 pieds au dessus d'un autre tronc de la m^ cépée encore ds l'eau impos
2008_11 Carex sur 50 m dans la continuité de l'arbre cablé ramener, il était géné par des racines
2008_12   Faire passer l'arbre par dessus 2 grosses pierres
2008_13   Caler le tronc sur la berge, quelque chose doit géner impossible de le caler au raz, il s'écarte de 30cm du tronc
2008_14   Aucune
2008_15   Positionner l'arbre avec les cordes, ébranchage à la perche élagueuse
2008_16   L'arbre abbatu à rebondis sur des branches de frênes (milieu cours d'eau). Branches enfoncées dans la vase, barque + 4x4 obligatoire
2009_01 beaucoup de petites branches, zone profonde (au moins 3m), complète les caches formées par une souch de très grosses branches se sont plantées dans la vase, très difficile à ramener (petit tracteur impossible), élingue replacée plusieurs fois
2009_02 pas de dépôt sédimentaire, un banc de nénuphars d'environ 25m de long et 1,5m de large l'autre rive le ramener au bord, problème du à sa forme
2009_03   nous avons abbattus 2 branches de frênes formant une fourche, c'est cassée quant elle a été ramenée, un cornouiller a été disposé avec
2009_04 temps 15min. aucune, aulne déjà dans l'eau avec bois mort, algues,... Bloqués dans la tête formant une petite embâcle
2009_05    
2010_01 Voisin M. Michelet (pêcheur) apprécie l'intervention (cache) Coupe de la tête pour pouvoir le faire pivoter à l'aise du tir-fort, arbre en travers à redresser
2010_02 les saulines ont été laisser pour les faire marcoter, arbre cablé magnifique à surveiller replacer l'arbre dans le sens du courant au tirfort, coucher les saulines qui gêner
2010_03 2 arbres ensemble, avec un bout de câble en inox récuperer sur l'arbre cablé juste en amont placer l'arbre le long de la berge

 

2 - Suivis

Le suivis se déroule par des relevés visuels tous les ans courant juin à septembre pendant 5 ans (2j terrain et 1j bureau). Il recense dans une bases de données la dégradation de l'arbre, le volume de caches,... pour déterminer les avantages et les inconvénients de ce type d'aménagement. 



 

Petit affluent du Clain restauré ; déc. 13

capture d'écran de la base de données (onglet "à la pose du câbles", autres onglets, suivis, photos et cartographie)

Quelques données extraites de la base de données : 


temps de pose en Heure nombre de personne diamètre en cm longueur en m longueur de câble surface de cache
total 66 80



moyenne 1.9 2.3 39 9.9 3.8 26.9
écart type 1.9 0.7 15.2 9.5 1.6 27.4
tableau 2 : moyennes des résultats ; valeurs données sur les 36 individus. Nous avons également fait l'expérience avec des souches d'arbres disposées à la pelleteuse ou d'arbres tombés en travers du cours d'eau. 

 

La moyenne de surface de cache générée oscille entre 15m² et 50 m² avec une différence notable lorsque des flottants s'accumulent en surface (végétaux et petits bois essentiellement, rarement de grosses branches ou de tronc et lorsqu'il s'agit de gros bois il s'agit fréquemment de bois coupé). Lors des suivis annuels, sur les 96 observations (fiche suivi annuelle), 8 d'entre elles mentionnent une dégradation de berge sans pour autant susciter une intervention, et 38 observations relatent un dépôt sédimentaire. Cependant les dépôts sédimentaires n'évoluent guère d'années en années, il faudrait prendre des mesures sur le moyen terme pour étayer davantage, mais cette analyse demande trop de temps à ce jour. Dans les 96 observations, 39 indiquent la présence d'une activité pêche qui se constatent par la présence de "fourchette" à proximité (pour poser les cannes), confirmer par un piétinement, des branches cassées pour passer la canne, ou plus généralement des bouchons, cuillères, bas de ligne,… Il est à noter que la localisation des arbres est très importante pour les pêcheurs. Les arbres câblés disposés dans les endroits peu accessibles ne les intéressent guère par contre ceux installés prés des routes, des chemins,… sont davantage fournis en matériel de pêche. Il faut cependant préciser deux éléments : les pêcheurs ont des aptitudes différentes selon leurs degré de maîtrise, les plus habiles recherchent des endroits peu accessibles et laissent aussi moins de trace (et de matériel). Quant au deuxième élément, il concerne les pêcheurs en barque ou en float tube qui récupèrent le matériel et ne laissent pas de trace de leurs passages sur les berges. Donc, force est de constater que ce paramètre est à prendre avec parcimonie et qu'il convient de compléter les données avec une autre approche. Les pêches électriques constituent le meilleur moyen de connaître l'activité piscicole, cependant l'installation du matériel adapté (le "Héron") demande du temps et nécessite des moyens humains importants. De plus, la recherche dans les branches et en profondeur ne permettent pas de relever toutes les espèces piscicoles présentes. 


 

Le suivis s'étend également à l'avis des personnes : des élus, des riverains, des promeneurs, des pêcheurs, des usagers,… certains arbres ont d'ailleurs été volontairement disposés à la vue de tous notamment aux îles de Payré sur la Dive et à Payré en aval du pont. 

 

Avis :

Des élus : (en résumé) : tant que ça ne pose pas de problème avec les habitants et que cela ne créé pas d'inondation ça va, après il ne faut pas que cela fasse trop "sale". (élus du syndicat, maire, conseillers municipaux)

 

Des riverains : "j'avais pas vu qu'il y avait un câble" ; "ça fait pas très propre, mais bon si ça sert aux poissons", "Et ça va tenir ?", "C'est encore un truc" (nous ne prenons pas en compte dans cette études les commentaires parfois farfelus de certaines personnes comme : "Il faut mettre les racines d'iris dans du béton pour pas qu'ils partent chaque hiver" ou encore "Ce que vous fêtes, ça sert à rien, il faut tout retirer sinon après la rivière va se boucher !",…). (une dizaine de riverains hors pêcheurs, canoës,…)

 

Des pêcheurs : très favorables, mais certains sont mieux que d'autres. "Au moins le poisson peut se défendre, même s'ils l'ont perd des cuillères, ça fait partie du jeu", "de toute façon s'il y a pas de branches dans le cours d'eau, y'a pas de poissons". Très rares sont les pêcheurs défavorables au dispositif, il s'agit de pêcheur d'étang n'appréciant pas le coté "sale" des branches dans l'eau. (environ 40 pêcheurs)

 

Des kayakistes : A partir du moment où cela ne gêne pas la circulation et qu'il n'y ait pas de risque d'un point de vue sécurité, cela ne pose aucun problème, même au contraire, cela fait un coté sauvage de la rivière.


Galerie photos avec les légendes 

          
 

D'une manière générale, le dispositif ne pose pas de souci, peu importe l'endroit, à condition qu'il n'y ait pas de problème de sécurité (canoës, inondation,…) et qu'il y ait une maîtrise (apparente). En somme, "si l'homme gère, c'est sous contrôle donc on est rassuré". Néanmoins, la durée de vie de ce dispositif n'est pas encore déterminée et nous n'avons pas trouver d'expérience similaire (à moyenne échelle) en France. Ce type d'aménagement, simple et réversible est bien adapté pour des cours d'eau de plaine de moyenne largeur (entre 10 et 100m environ). La plupart des arbres et des embâcles sont, dans ces cours d'eau, systèmatiquement retirés alors que nous pouvons en conserver quelques uns, à des coûts très faible et en sécurité. Néanmoins une surveillance est nécessaire. 


Bibliographie

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AMOROS C., PETTS G.-E. (coord.) : "Hydrosystèmes fluviaux" ; 1993 ; Paris, Collection d'écologie n° 24,
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BARRAUD. R. : “Rivières du futur, wild rivers ?“ ; VertigO ; Hors-série 10 ; 2011 ; http://vertigo.revues.org/11411

BARRAUD. R. : “Rivières de l’ouest de la France : préférences paysagères, usages et choix de gestion. Utilisation de la photographie comme support d’enquête et d’entretiens“ ; Cahiers Nantais ; n° 2 ; 2011 ; p. 17-29.

BOULEAU G., BARTHELEMY C. : "Les demandes sociales de restauration des rivières et leurs traductions scientifiques et
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LACHAT B. : " Guide de protection des berges de cours d'eau en techniques végétales " ; 1994, réédition 1999 ; Ministère de l'Environnement ; Paris ; DIREN Rhône-Alpes ; 143 p.

LELAY Y.-F. : "Les hommes et le bois en rivière. Représentations, pratiques et stratégies de gestion dans le cadre de l'entretien des cours d'eau" ; thèse de géographie ; 2007 ; 570 p.

MALAVOI R., ADAM P. ; "La restauration hydromorphologique des cours d'eau: concepts et principes de mise en oeuvre" ;
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MUNSCH J. : "La notion d'entretien des cours d'eau s'est substituée à celle de curage" ; Techn-cités n°228 du 8 mai 2012 ;
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PIEGEAY H. : "Public perception as a barrier to introducing wood in rivers for restoration purposes" ; Environnemental Management ; vol. 36 ; n°5 ; pp. 665-674. 



Ce type d'aménagement se rencontre davantage dans les étangs pour augmenter les zones de caches.

Des "saulines" ont été ainsi disposées avec des jeunes (Atelier Pêche Nature, animation vacances,...) aux îles de Payré (à Payré).

La Fédération de pêche de la Vienne et d'autres syndicats comme le Syndicat Mixte d'Aménagement du Val de Clouère en ont installé dans des cours d'eau.